Le gouvernement amĂ©ricain, Meta, Google DeepMind et Isomorphic Labs rejoignent lâinitiative de « biologie virtuelle » de Biohub. Lâensemble reprĂ©sente 1,8 milliard de dollars de financements, de donnĂ©es et de moyens techniques destinĂ©s Ă construire des modĂšles capables de prĂ©dire le comportement des cellules. Lâambition est considĂ©rable, mais elle relĂšve encore de la recherche : aucun traitement nâest annoncĂ©.

Une coalition publique-privée annoncée le 7 octobre
Biohub a dĂ©taillĂ© mercredi 7 octobre 2026 lâĂ©largissement de sa Virtual Biology Initiative. Selon Reuters, le dĂ©partement amĂ©ricain de lâĂnergie, les National Institutes of Health (NIH), Meta, Google DeepMind et Isomorphic Labs mettent en commun des capacitĂ©s de laboratoire, de calcul et de production de donnĂ©es biologiques. Le montant global prĂ©sentĂ© pour cet effort atteint 1,8 milliard de dollars.
Le projet nâest pas nĂ© aujourdâhui. Biohub, lâorganisation philanthropique soutenue par Mark Zuckerberg et Priscilla Chan, avait annoncĂ© le 29 avril un engagement initial de 500 millions de dollars sur cinq ans. La nouveautĂ© du 7 octobre est lâarrivĂ©e coordonnĂ©e dâacteurs publics et privĂ©s qui donne une autre Ă©chelle au programme.
DâoĂč viennent les 1,8 milliard de dollars ?
- 500 millions de dollars avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© engagĂ©s par Biohub pour les technologies dâimagerie, dâingĂ©nierie biologique, dâinfrastructure et de gĂ©nĂ©ration de donnĂ©es ;
- plus de 500 millions de dollars sur cinq ans doivent venir du dĂ©partement amĂ©ricain de lâĂnergie pour les mesures en laboratoire, la modĂ©lisation et le calcul ;
- plus de 500 millions de dollars de ressources issues dâinvestissements fĂ©dĂ©raux antĂ©rieurs doivent ĂȘtre coordonnĂ©s par les NIH, puis standardisĂ©s pour lâentraĂźnement de modĂšles ;
- 300 millions de dollars sont apportés conjointement par Meta, Google DeepMind et Isomorphic Labs.
Ces montants ne correspondent pas tous Ă de lâargent frais versĂ© le mĂȘme jour. Ils regroupent des engagements nouveaux, des infrastructures et des jeux de donnĂ©es dĂ©jĂ financĂ©s. Cette distinction est importante pour comprendre lâannonce sans la transformer en promesse budgĂ©taire simplifiĂ©e.
Construire des modÚles prédictifs de la cellule
Le cĆur du programme consiste Ă observer comment des cellules rĂ©agissent Ă de nombreuses perturbations : modification de leur environnement, activation ou inhibition de gĂšnes, variation de signaux molĂ©culaires. Les partenaires veulent produire des jeux de donnĂ©es Ă une Ă©chelle aujourdâhui hors de portĂ©e de la plupart des laboratoires.
Parmi les mĂ©thodes citĂ©es figure la transcriptomique spatiale, qui permet de cartographier lâactivitĂ© des gĂšnes tout en conservant la position des cellules dans un tissu. Lâobjectif est dâentraĂźner des systĂšmes dâintelligence artificielle capables de simuler certains comportements biologiques et dâaider les chercheurs Ă sĂ©lectionner les expĂ©riences les plus instructives avant de les rĂ©aliser physiquement.
Les bases existantes comptent dĂ©jĂ des centaines de millions de cellules, mais Biohub estime quâil faudra atteindre des milliards, puis potentiellement des milliers de milliards dâobservations pour obtenir des modĂšles suffisamment robustes. Le responsable scientifique de lâorganisation, Alex Rives, dit viser un premier jeu de donnĂ©es dans environ un an et des modĂšles prĂ©dictifs plus prĂ©cis dans les cinq ans. Il sâagit dâun calendrier affichĂ© par le programme, pas dâune garantie de rĂ©sultat.
Des données ouvertes, avec un embargo commercial temporaire
Biohub prĂ©sente lâinitiative comme une infrastructure de science ouverte. Les donnĂ©es financĂ©es par le gouvernement doivent ĂȘtre accessibles sans restriction commerciale, tandis que les entreprises qui financent directement certains jeux de donnĂ©es bĂ©nĂ©ficieront dâune pĂ©riode dâexclusivitĂ© temporaire avant leur publication.
Axios rapporte que cette pĂ©riode devrait durer un an. Cette formule cherche Ă attirer des capitaux privĂ©s tout en promettant une ouverture ultĂ©rieure, mais elle crĂ©e aussi un point de vigilance : pendant lâembargo, tous les chercheurs ne disposeront pas du mĂȘme accĂšs aux rĂ©sultats issus des contributions commerciales.
Ce que cela pourrait changer pour la recherche médicale
Si les modĂšles deviennent fiables, ils pourraient aider Ă explorer plus rapidement les mĂ©canismes dâune maladie, Ă comparer virtuellement des hypothĂšses ou Ă identifier les expĂ©riences de laboratoire les plus prometteuses. Ils ne remplaceront toutefois ni la validation expĂ©rimentale, ni les essais prĂ©cliniques et cliniques, ni lâĂ©valuation rĂ©glementaire dâun mĂ©dicament.
Lâannonce du 7 octobre ne porte donc sur aucun traitement approuvĂ© et ne permet pas de conclure quâun dĂ©veloppement thĂ©rapeutique sera automatiquement raccourci. Une cellule rĂ©elle dĂ©pend dâinteractions molĂ©culaires, mĂ©caniques et environnementales complexes ; un modĂšle peut ĂȘtre performant sur les donnĂ©es qui lâont formĂ© tout en Ă©chouant face Ă une situation biologique diffĂ©rente.
Un pari scientifique qui devra ĂȘtre mesurĂ©
Le vĂ©ritable test sera la capacitĂ© du consortium Ă produire des donnĂ©es homogĂšnes, bien documentĂ©es et reproductibles entre laboratoires. La quantitĂ© ne suffira pas : la qualitĂ© des mesures, la diversitĂ© des tissus Ă©tudiĂ©s, la reprĂ©sentation de populations variĂ©es et la transparence des mĂ©thodes dĂ©termineront lâutilitĂ© mĂ©dicale des futurs modĂšles.
Biohub indiquait dĂšs avril vouloir rĂ©unir des institutions comme lâAllen Institute, lâArc Institute, le Broad Institute, le Wellcome Sanger Institute, le Human Cell Atlas et le Human Protein Atlas. Son annonce initiale insistait dĂ©jĂ sur la nĂ©cessitĂ© dâun effort mondial et de donnĂ©es interopĂ©rables. LâĂ©largissement dĂ©voilĂ© ce mercredi fournit davantage de moyens ; il ne rĂ©sout pas encore les difficultĂ©s scientifiques qui sĂ©parent une immense base de donnĂ©es dâun modĂšle fidĂšle du vivant.
Image : cellules HeLa observĂ©es au microscope Ă contraste de phase, photographie dâarchive du 18 mai 2005, recadrĂ©e au format 16:9. CrĂ©dit : Y tambe / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0. Cette image illustre lâobservation cellulaire ; elle ne montre pas une expĂ©rience du programme annoncĂ©e le 7 octobre.
