L’actrice américaine Eva Marie Saint, récompensée par l’Oscar du meilleur second rôle féminin dès son premier film, est morte mardi 6 octobre 2026 à son domicile de Los Angeles. Elle avait 102 ans. Son décès a été confirmé pendant la nuit par son représentant familial, Jeff Sanderson.

Un décès confirmé par son représentant familial
Eva Marie Saint est décédée mardi à son domicile de Los Angeles, selon les informations communiquées à l’Associated Press et à Reuters par son représentant. Reuters précise, en citant le porte-parole de l’actrice, qu’elle est morte de causes naturelles. Aucun élément ne permet d’aller au-delà de cette communication familiale.
L’annonce, diffusée dans la soirée aux États-Unis puis reprise dans la nuit du 6 au 7 octobre en Europe, referme une carrière commencée à l’époque de la télévision en direct et prolongée pendant plus de sept décennies. Eva Marie Saint appartenait à une génération d’interprètes qui avait fait ses armes sur les scènes new-yorkaises avant de passer du petit au grand écran.
Un Oscar dès « Sur les quais »
Son entrée au cinéma demeure l’un des débuts les plus remarqués de l’histoire d’Hollywood. En 1954, Elia Kazan lui confie le rôle d’Edie Doyle dans Sur les quais, face à Marlon Brando. Elle y incarne une jeune femme déterminée, prise dans un univers portuaire marqué par la corruption, la peur et la violence syndicale.
Le film remporte huit Oscars. Eva Marie Saint reçoit celui de la meilleure actrice dans un second rôle. Cette récompense, obtenue pour son tout premier long métrage, la place immédiatement parmi les actrices les plus recherchées de sa génération. Elle conserve pourtant une liberté rare à l’époque : elle refuse de s’enfermer dans un contrat de studio et choisit ses rôles avec prudence, en accordant une place importante à sa vie familiale.
L’élégance trouble de « La Mort aux trousses »
Cinq ans après Sur les quais, Alfred Hitchcock lui offre un rôle d’une nature très différente dans La Mort aux trousses. Aux côtés de Cary Grant, elle interprète Eve Kendall, personnage à la fois sophistiqué, mystérieux et vulnérable. Le film, devenu un classique du cinéma d’espionnage, associe suspense, faux-semblants et séquences spectaculaires, notamment autour du mont Rushmore.
Cette composition confirme la capacité de l’actrice à passer d’un registre réaliste et social à un cinéma plus stylisé. Elle travaillera ensuite avec Otto Preminger dans Exodus, John Frankenheimer dans Grand Prix et Norman Jewison dans Les Russes arrivent, parmi d’autres réalisateurs majeurs des années 1960.
Une carrière volontairement sélective
Eva Marie Saint n’a jamais cherché à multiplier les tournages à tout prix. D’après les récits publiés par AP et Reuters, elle a décliné plusieurs projets importants et privilégié sa famille à différents moments de sa carrière. Mariée en 1951 au réalisateur de télévision Jeffrey Hayden, elle a eu deux enfants. Le couple est resté uni jusqu’à la mort de Jeffrey Hayden en 2016.
Sa filmographie compte moins de longs métrages que celle de nombreuses vedettes de la même époque, mais elle traverse plusieurs décennies. Dans les années 1970 et 1980, elle revient régulièrement à la télévision. Elle incarne notamment la mère du personnage joué par Cybill Shepherd dans la série Clair de lune. En 1990, elle reçoit un Emmy pour la mini-série People Like Us.
Elle continue ensuite à apparaître à l’écran, notamment dans Superman Returns en 2006 et Un amour d’hiver en 2014. Son activité se poursuit également par le doublage et la fiction audio, preuve d’une longévité professionnelle exceptionnelle.
Des débuts à la radio et à la télévision en direct
Née le 4 juillet 1924 à Newark, dans le New Jersey, Eva Marie Saint envisage d’abord de devenir enseignante. Elle découvre cependant le théâtre pendant ses études à l’université d’État de Bowling Green, dans l’Ohio. Après son diplôme, elle cherche des rôles à New York et travaille à la radio, dans des feuilletons et dans les premières grandes productions de télévision en direct.
Son passage par l’Actors Studio joue un rôle décisif. Elle y travaille notamment avec Lee Strasberg et se fait remarquer par Elia Kazan. Cette formation, fondée sur une approche intérieure et exigeante du jeu, nourrit la sobriété de ses interprétations : peu d’effets, mais une présence capable de modifier l’équilibre d’une scène.
Une figure durable de l’âge d’or hollywoodien
Avec la disparition d’Eva Marie Saint, Hollywood perd l’une de ses dernières grandes interprètes issues des années 1950. Son héritage ne se résume pas à deux classiques : il tient aussi à une manière d’avoir protégé ses choix, refusé la cadence imposée par les studios et alterné cinéma, télévision et scène sans se laisser enfermer dans une seule image.
Sources : Reuters, mise en ligne le 6 octobre 2026 à 21 h 41 UTC ; Associated Press, annonce publiée dans la nuit européenne ; Wikimedia Commons pour la photographie d’archive et sa licence.
