LâInde a franchi une nouvelle Ă©tape dans sa volontĂ© dâaccueillir les Jeux olympiques et paralympiques dâĂ©tĂ© de 2036. Face Ă six autres candidats dĂ©clarĂ©s, elle mise sur Ahmedabad, sur une multiplication des compĂ©titions internationales et sur un projet qui dĂ©passe la construction de stades. Mais son dossier doit encore rĂ©pondre Ă des questions de gouvernance, dâantidopage et de performance sportive.

Sept candidats, une compétition déjà trÚs relevée
Le ComitĂ© international olympique a confirmĂ© mardi 6 octobre que sept pays Ă©taient engagĂ©s dans les discussions prĂ©liminaires pour les Jeux de 2036 : lâInde, lâAllemagne, le Qatar, la Hongrie, la Turquie, lâAfrique du Sud et la CorĂ©e du Sud. Le lendemain, le directeur gĂ©nĂ©ral de lâAssociation olympique indienne, Raghuram Iyer, a prĂ©sentĂ© Ă Reuters la candidature indienne comme un levier central de la stratĂ©gie sportive du pays.
La liste rassemble des profils trĂšs diffĂ©rents. LâAllemagne et la CorĂ©e du Sud ont dĂ©jĂ accueilli les Jeux. Le Qatar dispose de lâexpĂ©rience de la Coupe du monde de football 2022. Istanbul a dĂ©jĂ tentĂ© Ă plusieurs reprises dâobtenir les Jeux, tandis que lâAfrique du Sud ambitionne de devenir le premier pays africain Ă organiser les Jeux olympiques dâĂ©tĂ©. LâInde, elle, vise une premiĂšre.
Le processus nâest pas une simple course de communication. Les candidats doivent dialoguer avec la Commission de futur hĂŽte du CIO, documenter la faisabilitĂ© de leur projet et accepter des Ă©valuations ainsi que des visites. DâaprĂšs le calendrier rapportĂ© par Reuters, une premiĂšre sĂ©lection doit intervenir en 2027, avant la dĂ©signation de candidats prĂ©fĂ©rentiels en 2028 et un vote final attendu en 2029. Le rĂ©sultat est donc encore loin dâĂȘtre acquis.
Ahmedabad au cĆur du dispositif indien
La candidature sâarticule autour dâAhmedabad, grande mĂ©tropole du Gujarat, et de sa voisine Gandhinagar. Le stade Narendra Modi, enceinte de cricket dâune capacitĂ© supĂ©rieure Ă 100 000 places, est devenu la vitrine la plus visible de cette ambition. Mais un dossier olympique exige bien davantage quâun stade principal : villages des athlĂštes, Ă©quipements pour des dizaines de disciplines, transports, hĂ©bergements, sĂ©curitĂ©, accessibilitĂ© et hĂ©ritage urbain doivent former un ensemble cohĂ©rent.
Le gouvernement indien a dĂ©jĂ liĂ© la candidature olympique Ă lâorganisation des Jeux du Commonwealth de 2030 Ă Ahmedabad. Dans un communiquĂ© publiĂ© le 4 septembre, le Bureau dâinformation du gouvernement indien prĂ©sentait cet Ă©vĂ©nement comme une Ă©tape de prĂ©paration et confirmait quâAhmedabad portait le projet olympique de 2036. Le discours officiel insiste sur la construction dâun Ă©cosystĂšme sportif durable, et non sur un rendez-vous isolĂ©.
LâAssociation olympique indienne adopte la mĂȘme ligne. Sa prĂ©sidente, lâancienne sprinteuse P. T. Usha, relie la perspective dâaccueillir les grands Ă©vĂ©nements Ă une politique de dĂ©veloppement du sport, du niveau local jusquâĂ lâĂ©lite. Le message est stratĂ©gique : convaincre le CIO que les installations resteront utiles aprĂšs la cĂ©rĂ©monie de clĂŽture et quâelles ne deviendront pas des Ă©quipements surdimensionnĂ©s ou sous-utilisĂ©s.
Une dĂ©monstration grandeur nature jusquâen 2028
Pour rendre sa candidature plus crĂ©dible, lâInde veut accumuler de lâexpĂ©rience opĂ©rationnelle. Raghuram Iyer indique que le pays est en voie dâorganiser 65 compĂ©titions internationales dans 15 villes dâici Ă 2028. Chaque tournoi doit permettre dâĂ©prouver les transports, la billetterie, lâaccueil des dĂ©lĂ©gations, la sĂ©curitĂ©, les volontaires et la diffusion internationale.
Cette stratĂ©gie rĂ©pond Ă un point faible clairement identifiĂ© : lâInde nâa pas organisĂ© rĂ©cemment dâĂ©vĂ©nement multisports de lâampleur des Jeux olympiques. Les Jeux du Commonwealth de New Delhi en 2010 restent associĂ©s Ă des retards, Ă des problĂšmes dans les hĂ©bergements et Ă une rĂ©putation dâorganisation dĂ©gradĂ©e. La candidature de 2036 doit donc dĂ©montrer, preuves Ă lâappui, que les capacitĂ©s ont changĂ©.
Les prĂ©sentations prĂ©vues devant la Commission de futur hĂŽte du CIO en novembre seront une premiĂšre Ă©chĂ©ance concrĂšte. Elles devraient ĂȘtre suivies dâanalyses de faisabilitĂ©, dâexamens techniques et de visites. Lâenjeu ne sera pas seulement de prĂ©senter des maquettes, mais de montrer que le financement, les responsabilitĂ©s institutionnelles et le calendrier de livraison sont rĂ©alistes.
Gouvernance, dopage et résultats : les trois fragilités du dossier
Le gouvernement indien lui-mĂȘme reconnaĂźt que trois sujets ont Ă©tĂ© soulevĂ©s dans les Ă©changes avec le CIO : la gouvernance des instances sportives, la lutte antidopage et les rĂ©sultats olympiques. Une rĂ©ponse Ă©crite du ministĂšre des Sports, publiĂ©e en juillet 2025, confirmait que le dossier Ă©tait entrĂ© dans la phase de « dialogue continu » et que ces difficultĂ©s faisaient partie des discussions.
Lâantidopage constitue un risque particulier. LâInde a figurĂ© pendant trois annĂ©es consĂ©cutives en tĂȘte du classement de lâAgence mondiale antidopage par nombre de violations, selon Reuters. LâAssociation olympique indienne a lancĂ© un programme dâĂ©ducation, mais le CIO regardera aussi les contrĂŽles, lâindĂ©pendance des procĂ©dures et lâĂ©volution rĂ©elle des statistiques. Une campagne de sensibilisation ne suffira pas si elle nâest pas accompagnĂ©e de rĂ©sultats mesurables.
La gouvernance sera observĂ©e avec la mĂȘme attention. LâInde a dĂ©jĂ Ă©tĂ© menacĂ©e dâune sanction olympique en raison de conflits institutionnels et Ă©lectoraux. LâIOA met dĂ©sormais en avant lâunitĂ© de ses instances et la place donnĂ©e aux athlĂštes. Son premier Forum national des athlĂštes, organisĂ© Ă Ahmedabad en janvier, devait prĂ©cisĂ©ment renforcer leur participation aux dĂ©cisions, la transparence et les mĂ©canismes de recours.
Enfin, le bilan sportif reste modeste au regard de la population du pays et des ambitions affichĂ©es. LâInde totalise 41 mĂ©dailles olympiques depuis 1900, dont sept Ă Tokyo et six Ă Paris en 2024. Le gouvernement a annoncĂ© en aoĂ»t une campagne nationale de dĂ©tection des talents ĂągĂ©s de 5 Ă 15 ans. Elle illustre une rĂ©alitĂ© : obtenir les Jeux ne garantit pas automatiquement la rĂ©ussite sportive, qui dĂ©pend dâun travail long sur la formation, lâencadrement et lâaccĂšs aux disciplines.
Un projet de sociĂ©tĂ© autant quâun pari dâinfluence
Les autoritĂ©s indiennes prĂ©sentent les Jeux comme un accĂ©lĂ©rateur de santĂ© publique, de pratique sportive et de modernisation urbaine. Cet argument peut sĂ©duire, mais il doit ĂȘtre confrontĂ© Ă des critĂšres prĂ©cis : coĂ»t pour les finances publiques, utilitĂ© des nouvelles infrastructures, dĂ©placements de population Ă©ventuels, impact environnemental et accessibilitĂ© pour les habitants aprĂšs 2036.
La candidature est aussi un outil dâinfluence. Accueillir les Jeux permettrait Ă lâInde dâaffirmer son poids diplomatique, Ă©conomique et culturel. La compĂ©tition avec lâAllemagne, le Qatar, la Turquie, la Hongrie, lâAfrique du Sud et la CorĂ©e du Sud obligera toutefois New Delhi Ă produire un dossier techniquement solide, pas seulement un rĂ©cit de puissance Ă©mergente.
Ă ce stade, aucun pays ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme favori incontestable. LâInde possĂšde la taille du marchĂ©, une forte mobilisation politique et un projet urbain concentrĂ© autour dâAhmedabad. Ses rivaux peuvent opposer une expĂ©rience olympique, des installations existantes ou une meilleure image en matiĂšre de gouvernance sportive. Les deux prochaines annĂ©es diront si la multiplication des compĂ©titions internationales et les rĂ©formes annoncĂ©es transforment lâambition indienne en candidature crĂ©dible.
Sources
- Reuters, 7 octobre 2026 : la stratégie indienne pour les Jeux de 2036
- Reuters, 6 octobre 2026 : les sept candidatures et le calendrier du CIO
- Gouvernement indien, 4 septembre 2026 : ambitions dâAhmedabad et candidature olympique
- MinistÚre indien des Sports, 24 juillet 2025 : procédure et points de vigilance
- Association olympique indienne : message de la présidente P. T. Usha
