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JO 2036 : l’Inde veut transformer sa candidature en projet de puissance sportive

L’Inde a franchi une nouvelle Ă©tape dans sa volontĂ© d’accueillir les Jeux olympiques et paralympiques d’étĂ© de 2036. Face Ă  six autres candidats dĂ©clarĂ©s, elle mise sur Ahmedabad, sur une multiplication des compĂ©titions internationales et sur un projet qui dĂ©passe la construction de stades. Mais son dossier doit encore rĂ©pondre Ă  des questions de gouvernance, d’antidopage et de performance sportive.

Vue intérieure panoramique du stade Narendra Modi à Ahmedabad, en Inde
Le stade Narendra Modi à Ahmedabad. Photo d’archive prise le 21 juillet 2026 : Dennispruess / Wikimedia Commons, licence CC0 1.0.

Sept candidats, une compétition déjà trÚs relevée

Le ComitĂ© international olympique a confirmĂ© mardi 6 octobre que sept pays Ă©taient engagĂ©s dans les discussions prĂ©liminaires pour les Jeux de 2036 : l’Inde, l’Allemagne, le Qatar, la Hongrie, la Turquie, l’Afrique du Sud et la CorĂ©e du Sud. Le lendemain, le directeur gĂ©nĂ©ral de l’Association olympique indienne, Raghuram Iyer, a prĂ©sentĂ© Ă  Reuters la candidature indienne comme un levier central de la stratĂ©gie sportive du pays.

La liste rassemble des profils trĂšs diffĂ©rents. L’Allemagne et la CorĂ©e du Sud ont dĂ©jĂ  accueilli les Jeux. Le Qatar dispose de l’expĂ©rience de la Coupe du monde de football 2022. Istanbul a dĂ©jĂ  tentĂ© Ă  plusieurs reprises d’obtenir les Jeux, tandis que l’Afrique du Sud ambitionne de devenir le premier pays africain Ă  organiser les Jeux olympiques d’étĂ©. L’Inde, elle, vise une premiĂšre.

Le processus n’est pas une simple course de communication. Les candidats doivent dialoguer avec la Commission de futur hĂŽte du CIO, documenter la faisabilitĂ© de leur projet et accepter des Ă©valuations ainsi que des visites. D’aprĂšs le calendrier rapportĂ© par Reuters, une premiĂšre sĂ©lection doit intervenir en 2027, avant la dĂ©signation de candidats prĂ©fĂ©rentiels en 2028 et un vote final attendu en 2029. Le rĂ©sultat est donc encore loin d’ĂȘtre acquis.

Ahmedabad au cƓur du dispositif indien

La candidature s’articule autour d’Ahmedabad, grande mĂ©tropole du Gujarat, et de sa voisine Gandhinagar. Le stade Narendra Modi, enceinte de cricket d’une capacitĂ© supĂ©rieure Ă  100 000 places, est devenu la vitrine la plus visible de cette ambition. Mais un dossier olympique exige bien davantage qu’un stade principal : villages des athlĂštes, Ă©quipements pour des dizaines de disciplines, transports, hĂ©bergements, sĂ©curitĂ©, accessibilitĂ© et hĂ©ritage urbain doivent former un ensemble cohĂ©rent.

Le gouvernement indien a dĂ©jĂ  liĂ© la candidature olympique Ă  l’organisation des Jeux du Commonwealth de 2030 Ă  Ahmedabad. Dans un communiquĂ© publiĂ© le 4 septembre, le Bureau d’information du gouvernement indien prĂ©sentait cet Ă©vĂ©nement comme une Ă©tape de prĂ©paration et confirmait qu’Ahmedabad portait le projet olympique de 2036. Le discours officiel insiste sur la construction d’un Ă©cosystĂšme sportif durable, et non sur un rendez-vous isolĂ©.

L’Association olympique indienne adopte la mĂȘme ligne. Sa prĂ©sidente, l’ancienne sprinteuse P. T. Usha, relie la perspective d’accueillir les grands Ă©vĂ©nements Ă  une politique de dĂ©veloppement du sport, du niveau local jusqu’à l’élite. Le message est stratĂ©gique : convaincre le CIO que les installations resteront utiles aprĂšs la cĂ©rĂ©monie de clĂŽture et qu’elles ne deviendront pas des Ă©quipements surdimensionnĂ©s ou sous-utilisĂ©s.

Une dĂ©monstration grandeur nature jusqu’en 2028

Pour rendre sa candidature plus crĂ©dible, l’Inde veut accumuler de l’expĂ©rience opĂ©rationnelle. Raghuram Iyer indique que le pays est en voie d’organiser 65 compĂ©titions internationales dans 15 villes d’ici Ă  2028. Chaque tournoi doit permettre d’éprouver les transports, la billetterie, l’accueil des dĂ©lĂ©gations, la sĂ©curitĂ©, les volontaires et la diffusion internationale.

Cette stratĂ©gie rĂ©pond Ă  un point faible clairement identifiĂ© : l’Inde n’a pas organisĂ© rĂ©cemment d’évĂ©nement multisports de l’ampleur des Jeux olympiques. Les Jeux du Commonwealth de New Delhi en 2010 restent associĂ©s Ă  des retards, Ă  des problĂšmes dans les hĂ©bergements et Ă  une rĂ©putation d’organisation dĂ©gradĂ©e. La candidature de 2036 doit donc dĂ©montrer, preuves Ă  l’appui, que les capacitĂ©s ont changĂ©.

Les prĂ©sentations prĂ©vues devant la Commission de futur hĂŽte du CIO en novembre seront une premiĂšre Ă©chĂ©ance concrĂšte. Elles devraient ĂȘtre suivies d’analyses de faisabilitĂ©, d’examens techniques et de visites. L’enjeu ne sera pas seulement de prĂ©senter des maquettes, mais de montrer que le financement, les responsabilitĂ©s institutionnelles et le calendrier de livraison sont rĂ©alistes.

Gouvernance, dopage et résultats : les trois fragilités du dossier

Le gouvernement indien lui-mĂȘme reconnaĂźt que trois sujets ont Ă©tĂ© soulevĂ©s dans les Ă©changes avec le CIO : la gouvernance des instances sportives, la lutte antidopage et les rĂ©sultats olympiques. Une rĂ©ponse Ă©crite du ministĂšre des Sports, publiĂ©e en juillet 2025, confirmait que le dossier Ă©tait entrĂ© dans la phase de « dialogue continu » et que ces difficultĂ©s faisaient partie des discussions.

L’antidopage constitue un risque particulier. L’Inde a figurĂ© pendant trois annĂ©es consĂ©cutives en tĂȘte du classement de l’Agence mondiale antidopage par nombre de violations, selon Reuters. L’Association olympique indienne a lancĂ© un programme d’éducation, mais le CIO regardera aussi les contrĂŽles, l’indĂ©pendance des procĂ©dures et l’évolution rĂ©elle des statistiques. Une campagne de sensibilisation ne suffira pas si elle n’est pas accompagnĂ©e de rĂ©sultats mesurables.

La gouvernance sera observĂ©e avec la mĂȘme attention. L’Inde a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© menacĂ©e d’une sanction olympique en raison de conflits institutionnels et Ă©lectoraux. L’IOA met dĂ©sormais en avant l’unitĂ© de ses instances et la place donnĂ©e aux athlĂštes. Son premier Forum national des athlĂštes, organisĂ© Ă  Ahmedabad en janvier, devait prĂ©cisĂ©ment renforcer leur participation aux dĂ©cisions, la transparence et les mĂ©canismes de recours.

Enfin, le bilan sportif reste modeste au regard de la population du pays et des ambitions affichĂ©es. L’Inde totalise 41 mĂ©dailles olympiques depuis 1900, dont sept Ă  Tokyo et six Ă  Paris en 2024. Le gouvernement a annoncĂ© en aoĂ»t une campagne nationale de dĂ©tection des talents ĂągĂ©s de 5 Ă  15 ans. Elle illustre une rĂ©alitĂ© : obtenir les Jeux ne garantit pas automatiquement la rĂ©ussite sportive, qui dĂ©pend d’un travail long sur la formation, l’encadrement et l’accĂšs aux disciplines.

Un projet de sociĂ©tĂ© autant qu’un pari d’influence

Les autoritĂ©s indiennes prĂ©sentent les Jeux comme un accĂ©lĂ©rateur de santĂ© publique, de pratique sportive et de modernisation urbaine. Cet argument peut sĂ©duire, mais il doit ĂȘtre confrontĂ© Ă  des critĂšres prĂ©cis : coĂ»t pour les finances publiques, utilitĂ© des nouvelles infrastructures, dĂ©placements de population Ă©ventuels, impact environnemental et accessibilitĂ© pour les habitants aprĂšs 2036.

La candidature est aussi un outil d’influence. Accueillir les Jeux permettrait Ă  l’Inde d’affirmer son poids diplomatique, Ă©conomique et culturel. La compĂ©tition avec l’Allemagne, le Qatar, la Turquie, la Hongrie, l’Afrique du Sud et la CorĂ©e du Sud obligera toutefois New Delhi Ă  produire un dossier techniquement solide, pas seulement un rĂ©cit de puissance Ă©mergente.

À ce stade, aucun pays ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme favori incontestable. L’Inde possĂšde la taille du marchĂ©, une forte mobilisation politique et un projet urbain concentrĂ© autour d’Ahmedabad. Ses rivaux peuvent opposer une expĂ©rience olympique, des installations existantes ou une meilleure image en matiĂšre de gouvernance sportive. Les deux prochaines annĂ©es diront si la multiplication des compĂ©titions internationales et les rĂ©formes annoncĂ©es transforment l’ambition indienne en candidature crĂ©dible.

Sources

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