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Afrique du Sud : la directive sur l’asile retirée après les violences à Soweto et Durban

Le ministère sud-africain de l’Intérieur a retiré, vendredi 9 octobre, une directive qui élargissait l’accès au dépôt des demandes d’asile. La décision intervient au lendemain de violences à Soweto et Durban, où 24 véhicules ont été incendiés et des commerces pillés. Le gouvernement assure que le jugement à l’origine du texte n’accordait ni statut de réfugié ni titre de séjour automatique.

Bâtiment du ministère sud-africain de l’Intérieur à Johannesburg sous un ciel bleu
Photo d’archive du ministère sud-africain de l’Intérieur à Johannesburg, prise le 13 mars 2016. Cette image ne montre pas les violences d’octobre 2026. Crédit : Adamina / Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0. Recadrage 16:9 par Salade Info.

Une directive retirée onze jours après sa diffusion

La direction générale du ministère de l’Intérieur a annoncé vendredi le retrait de la directive publiée le 28 septembre. Ce texte demandait aux bureaux chargés des réfugiés d’accepter davantage de demandes d’asile, y compris lorsque certains obstacles procéduraux avaient auparavant empêché leur enregistrement.

Selon le communiqué officiel, la directive constituait une mesure opérationnelle destinée à appliquer un arrêt de la Cour constitutionnelle rendu le 7 juillet dans l’affaire Scalabrini Centre of Cape Town. Le ministère précise qu’elle avait été prise par les services du directeur général, sans intervention du ministre ni d’un responsable politique.

L’administration explique que sa mise en œuvre a rapidement saturé les bureaux d’accueil des réfugiés. L’afflux aurait aussi exposé des agents à des risques et créé des difficultés pour la sécurité et l’ordre publics. Un nouveau processus doit désormais définir comment respecter l’arrêt de la Cour tout en maintenant des services d’asile sûrs et opérationnels.

Vingt-quatre véhicules incendiés jeudi

La décision intervient après une journée de violences dans deux grandes villes sud-africaines. D’après la police citée par Reuters et l’Associated Press, dix véhicules ont été incendiés dans le township de Soweto, à Johannesburg, et quatorze autres à Durban. Des commerces appartenant à des étrangers ont également été pillés.

À Soweto, les affrontements se sont produits près d’un bureau du ministère de l’Intérieur à Orlando West. La police métropolitaine n’avait signalé aucun blessé au moment de son premier bilan. Des tirs ont été rapportés, mais leur origine et les responsabilités précises n’étaient pas établies dans les informations disponibles vendredi matin.

À Durban, trois personnes ont été arrêtées, selon la police. Les forces de l’ordre ont renforcé leurs déploiements dans les zones concernées. Vendredi, les autorités indiquaient que le calme était revenu à Soweto et que la situation s’était stabilisée à Durban, sans pour autant considérer les tensions comme définitivement dissipées.

Ce que la Cour constitutionnelle avait réellement décidé

Le cœur du conflit porte sur l’accès à la procédure d’asile. L’arrêt du 7 juillet a écarté plusieurs barrières qui permettaient de refuser l’enregistrement d’une demande pour des raisons procédurales : entrée irrégulière sur le territoire, absence de visa de transit destiné aux demandeurs d’asile ou non-respect d’un délai pour se présenter à un bureau compétent.

Cette décision signifie que les personnes concernées doivent pouvoir faire examiner leur demande. Elle ne leur accorde toutefois pas automatiquement le statut de réfugié, la résidence permanente ou un droit général de rester en Afrique du Sud. Chaque dossier demeure soumis à une instruction individuelle et peut être rejeté s’il ne répond pas aux conditions légales.

Le comité interministériel sur les migrations avait insisté sur cette distinction jeudi, après la diffusion d’informations trompeuses présentant le jugement comme une régularisation massive. Le gouvernement a affirmé qu’il continuerait parallèlement à faire appliquer la législation contre les personnes ne bénéficiant d’aucune protection au titre du droit sud-africain.

Des services pris de court par l’afflux

Les autorités reconnaissent que les bureaux d’accueil n’étaient pas préparés au nombre de personnes venues déposer une demande après l’entrée en vigueur de la directive. Cette saturation a alimenté de longues files d’attente et les tensions autour de plusieurs centres, notamment à Johannesburg, Durban et Pretoria.

Le retrait du texte ne règle pas le problème juridique de fond : l’État reste tenu d’exécuter la décision de la Cour constitutionnelle. Il devra donc élaborer un nouveau dispositif conciliant l’accès effectif à la procédure, les contrôles d’identité, les capacités administratives et la sécurité des demandeurs comme des agents.

Un climat de fortes tensions autour de l’immigration

L’Afrique du Sud connaît depuis plusieurs mois une montée des mobilisations hostiles aux migrants. Des groupes exigent des expulsions et attribuent aux étrangers une part du chômage, de la criminalité ou des difficultés d’accès aux services publics. Ces accusations générales ne démontrent pas la responsabilité individuelle des personnes visées et ont souvent nourri des campagnes de désinformation.

La question est particulièrement sensible dans un pays marqué par un chômage très élevé et de profondes inégalités. Elle pèse également sur les relations avec d’autres États africains, dont les ressortissants ont parfois été visés par des violences ou des opérations de contrôle menées par des groupes de civils.

Ce qui doit encore être clarifié

Le ministère n’a pas encore détaillé le calendrier du nouveau mécanisme qui remplacera la directive retirée. Il reste aussi à savoir comment seront traitées les personnes qui avaient commencé leurs démarches depuis le 28 septembre, et quelles capacités supplémentaires seront déployées dans les bureaux les plus sollicités.

Les autorités devront enfin établir les responsabilités dans les violences de jeudi. Les bilans disponibles distinguent les faits confirmés — véhicules incendiés, commerces pillés, arrestations à Durban — des témoignages encore non vérifiés sur l’origine des tirs et le déroulement exact des affrontements.


Sources

Gouvernement sud-africain — retrait de la directive, 9 octobre 2026
Reuters — retrait de la directive et situation sécuritaire, 9 octobre 2026
Associated Press — violences à Soweto et Durban, 8 octobre 2026
SABC News — retrait de la directive et déploiements, 9 octobre 2026
Wikimedia Commons — photo et licence

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