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Matières premières critiques : l’UE sélectionne 46 projets pour 21,1 milliards d’euros

La Commission européenne a sélectionné vendredi 9 octobre 46 nouveaux projets stratégiques consacrés à l’extraction, à la transformation et au recyclage de matières premières critiques. Répartis dans 16 États membres, ils représentent environ 21,1 milliards d’euros d’investissements potentiels. Bruxelles veut renforcer les chaînes d’approvisionnement européennes pour les batteries, la défense, l’aéronautique et les aimants permanents, tout en réduisant la dépendance aux fournisseurs dominants.

Drapeaux européens devant le bâtiment Berlaymont de la Commission européenne à Bruxelles
Photo d’archive : drapeaux de l’Union européenne devant le Berlaymont à Bruxelles. Cette image d’illustration ne montre pas l’annonce du 9 octobre 2026. Crédit : © Union européenne, 2021, service audiovisuel de la Commission européenne, licence CC BY 4.0. Recadrage 16:9 par Salade Info.

Une deuxième vague de projets stratégiques

La décision annoncée ce vendredi constitue la deuxième sélection européenne réalisée dans le cadre du règlement sur les matières premières critiques, entré en vigueur en 2024. Une première liste de 47 projets situés dans l’Union avait été approuvée en mars 2025, puis 13 projets établis dans des pays tiers avaient obtenu le même statut en juin de la même année. Avec les 46 dossiers retenus aujourd’hui, la Commission dénombre désormais 106 projets stratégiques au total.

La nouvelle sélection couvre 15 des 17 matières premières qualifiées de stratégiques par l’Union européenne. Elle concerne notamment le lithium, le cuivre, le nickel, le cobalt, le manganèse, le graphite, le magnésium, le tungstène et les terres rares. Ces ressources entrent dans la fabrication des batteries, des véhicules électriques, des réseaux d’énergie, des composants électroniques, des équipements militaires et de nombreux systèmes industriels.

Les projets sont implantés dans 16 pays de l’Union. Parmi les exemples cités figurent le projet de lithium de Zinnwald, en Allemagne, la mine de Skouries, en Grèce, ainsi que des opérations associées à des groupes industriels comme Aurubis et Umicore. En Espagne, deux nouveaux dossiers concernent une unité de traitement du tungstène à Puertollano et la relance d’une mine de cuivre en Galice, selon El País.

Extraction, transformation et recyclage

La répartition montre que Bruxelles ne mise pas uniquement sur l’ouverture de nouvelles mines. Huit projets portent principalement sur l’extraction, onze sur la transformation et dix-neuf sur le recyclage. Huit autres sont intégrés : trois associent extraction et transformation, tandis que cinq combinent transformation et recyclage.

Ce choix traduit une difficulté centrale de la stratégie européenne. Disposer d’un minerai sur le territoire ne suffit pas si l’étape du raffinage ou la fabrication des matériaux intermédiaires reste concentrée hors d’Europe. Le recyclage doit, de son côté, permettre de récupérer davantage de métaux déjà présents dans les batteries, moteurs, aimants, déchets électroniques et équipements arrivés en fin de vie.

La Commission estime que l’ensemble de cette nouvelle vague nécessitera environ 21,1 milliards d’euros d’investissements, provenant de sources publiques et privées. Le statut stratégique facilite les démarches administratives et doit aider les promoteurs à entrer en relation avec des financeurs ou des acheteurs. Il ne constitue toutefois ni une subvention automatique ni une garantie que chaque projet sera construit.

Les objectifs européens pour 2030

Le règlement européen fixe trois grands repères à l’horizon 2030. L’Union veut pouvoir extraire sur son territoire l’équivalent d’au moins 10 % de sa consommation annuelle de matières stratégiques, en transformer 40 % et en recycler 25 %. Elle cherche aussi à éviter qu’un seul pays tiers fournisse plus de 65 % de la consommation européenne d’une matière stratégique à un stade donné de la chaîne de valeur.

Ces objectifs répondent à un risque économique autant que géopolitique. Les terres rares, le graphite, le gallium ou encore le tungstène peuvent devenir des instruments de pression commerciale lorsqu’un petit nombre de pays contrôle la majeure partie de la production ou du raffinage. La Chine occupe une place dominante pour plusieurs de ces matériaux, tandis que les États-Unis accélèrent eux aussi leurs investissements et leurs partenariats internationaux.

Pour l’industrie européenne, une rupture d’approvisionnement pourrait toucher simultanément l’automobile, les énergies renouvelables, l’électronique, l’aéronautique et la défense. La sélection de projets vise donc à multiplier les sources, rapprocher certaines étapes de production et constituer des chaînes de valeur moins vulnérables aux restrictions d’exportation ou aux crises diplomatiques.

Un statut prioritaire, mais pas un financement garanti

L’étiquette « projet stratégique » permet surtout d’accélérer l’examen des autorisations et d’améliorer l’accès aux dispositifs de financement. La Commission et les États membres doivent aussi accompagner les promoteurs dans la recherche de capitaux. Cette priorité réglementaire peut réduire des délais particulièrement longs dans le secteur minier, mais elle ne supprime ni les évaluations environnementales ni les obligations prévues par le droit européen et national.

La question financière reste le principal test. Reuters rappelle que plusieurs projets de la première vague ont signalé des difficultés de liquidité et des retards, malgré plus de deux milliards d’euros de financements publics déjà mobilisés. Certains matériaux sont soumis à des cycles de prix brutaux : une baisse des cours mondiaux peut rendre une mine ou une usine européenne non rentable au moment même où elle demeure stratégique pour la sécurité d’approvisionnement.

Bruxelles devra donc transformer la sélection administrative en chantiers réellement financés, construits et raccordés à des clients industriels. Les projets de recyclage devront également sécuriser des volumes suffisants de déchets et de produits usagés, tandis que les sites d’extraction seront confrontés aux enjeux d’eau, de biodiversité, d’acceptabilité locale et de remise en état.

Ce que cette annonce change — et ce qu’elle ne change pas

À court terme, la décision ne crée pas immédiatement de nouvelles tonnes de lithium, de cuivre ou de terres rares. Elle place 46 dossiers dans une voie prioritaire et indique les segments que l’Union considère essentiels. Les effets sur la production ne pourront être mesurés qu’au fil des autorisations, des décisions d’investissement et des mises en service.

À plus long terme, la réussite dépendra de la capacité européenne à relier les mines, les raffineries, les fabricants et les recycleurs. La nouvelle liste marque un élargissement de l’effort, notamment vers le recyclage, mais elle ne met pas fin à la dépendance extérieure. La Commission reconnaît que l’Europe continuera d’importer une partie importante de ses besoins : l’objectif est de diversifier ces importations et de réduire les points de fragilité les plus dangereux.


Sources

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