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Nobel de chimie 2026 : Henri Kagan et Kenso Soai récompensés pour les molécules en miroir

Le Français Henri B. Kagan et le Japonais Kenso Soai ont reçu, ce mercredi 7 octobre 2026, le prix Nobel de chimie. Leurs travaux expliquent comment une réaction peut privilégier une forme de molécule plutôt que son image dans un miroir, jusqu’à amplifier un déséquilibre initial. Une distinction qui éclaire à la fois la fabrication de molécules et une question fondamentale sur le vivant.

Façade de l’Académie royale des sciences de Suède à Stockholm, avec son entrée à colonnes.
Académie royale des sciences de Suède, Stockholm. Photo d’archive du 13 mars 2022 : I99pema / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Recadrage Salade Info, sous la même licence.

Une annonce faite ce mercredi à Stockholm

L’Académie royale des sciences de Suède récompense leurs découvertes sur les effets non linéaires et l’autocatalyse dans la synthèse organique asymétrique. L’attribution a également été confirmée par Reuters. Il s’agit bien de l’annonce du Nobel 2026 : les expériences qui la motivent, elles, remontent à plusieurs décennies.

Les deux chercheurs se partageront une dotation de 12 millions de couronnes suédoises. La remise des prix est prévue le 10 décembre à Stockholm. Derrière le vocabulaire spécialisé du comité se trouve une difficulté très concrète : obtenir la bonne organisation d’une molécule dans l’espace.

Des molécules semblables à deux mains

Deux molécules peuvent posséder les mêmes constituants, mais avoir des structures qui se répondent comme une main droite et une main gauche. On parle alors de chiralité. Ces deux versions ne se superposent pas. Pour un chimiste, les distinguer puis favoriser l’une d’elles constitue un enjeu de synthèse, notamment lorsqu’il s’agit de fabriquer des substances destinées au secteur pharmaceutique.

L’Académie situe en 1986 une étape décisive des travaux de Kagan sur l’amplification de cette préférence. Soai a ensuite montré, en 1995, une réaction où le produit favorise sa propre formation. Ce mécanisme porte le nom d’autocatalyse. Le résultat peut renforcer la prédominance d’une forme au lieu de simplement reproduire les proportions de départ.

Pourquoi la réaction de Soai a suscité tant de recherches

L’étude fondatrice de Soai et de ses collègues, publiée dans Nature en décembre 1995, porte précisément sur l’autocatalyse asymétrique et l’amplification de l’excès d’une forme moléculaire. Le point essentiel est cette capacité d’amplification : un avantage initial peut prendre davantage de place au cours de la réaction. Il ne suffit donc pas de compter les molécules présentes au départ pour comprendre le résultat final.

Des chercheurs ont poursuivi l’analyse de ce phénomène bien après sa découverte. Une étude publiée en 2020 dans Nature Chemistry, signée notamment Soumitra V. Athavale et Scott E. Denmark, combine expériences, analyses structurales et calculs pour examiner le fonctionnement de systèmes apparentés. Elle décrit comment des assemblages moléculaires contenant du zinc peuvent intervenir dans l’activité du catalyseur et dans le comportement non linéaire observé.

Ces recherches montrent aussi que le détail des structures compte. Une modification apparemment limitée d’une molécule peut changer l’efficacité du système. L’autocatalyse n’est donc pas une recette universelle qui s’appliquerait indifféremment à toutes les substances : il faut identifier les conditions, les partenaires chimiques et les organisations capables de produire cet effet.

Une piste sur le vivant, pas une preuve de son origine

L’intérêt dépasse la seule préparation de produits chimiques. Le vivant présente une préférence marquée pour certaines orientations moléculaires, phénomène appelé homochiralité. Comprendre comment un déséquilibre peut apparaître puis s’amplifier aide à formuler des scénarios pour étudier cette question.

Il faut toutefois séparer deux niveaux de conclusion. Montrer un mécanisme en laboratoire ne démontre pas que ce mécanisme précis a effectivement conduit à l’apparition de la vie sur Terre. Le Nobel distingue des découvertes de chimie ; il ne ferme pas le débat sur les origines du vivant. De même, leur intérêt pour la synthèse pharmaceutique ne constitue pas l’annonce d’un nouveau traitement.

Deux parcours de recherche au long cours

Henri Kagan est professeur émérite à l’université Paris-Sud, à Orsay, selon sa notice de l’Académie des sciences. Correspondant de cette institution à partir de 1978, il en est devenu membre en 1991, dans la section de chimie. Cette trajectoire rappelle que la distinction couronne une œuvre scientifique construite sur la durée.

Kenso Soai a obtenu son doctorat à l’université de Tokyo en 1979. Son parcours présenté par l’Université des sciences de Tokyo mentionne ensuite un séjour de recherche en Caroline du Nord, puis son arrivée dans l’établissement japonais en 1981. Ses domaines de travail associent synthèse asymétrique, autocatalyse et origine de la chiralité. Le prix réunit ainsi deux contributions complémentaires à une même interrogation : comment la chimie peut-elle sélectionner et amplifier une orientation moléculaire ?

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