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École en France : le privé attire davantage les familles favorisées

Cour intérieure du lycée public Jean-Giraudoux à Châteauroux
Cour intérieure du lycée public Jean-Giraudoux à Châteauroux, photographiée le 6 septembre 2024. Photo d’archive : Benjamin Smith/Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0. Cette image illustre le système scolaire français et ne montre pas les familles citées dans l’article.

Une enquête publiée vendredi 9 octobre met en lumière un déplacement progressif de familles favorisées vers l’enseignement privé sous contrat. Les données officielles confirment un recul de la mixité sociale dans ce secteur, tandis que les établissements publics du second degré ont perdu près d’une heure d’enseignement sur dix en 2024-2025.

Un malaise scolaire remis au premier plan

Le reportage de Reuters publié ce vendredi matin décrit le choix de parents qui quittent l’école publique après des absences non remplacées, des mouvements sociaux répétés ou des inquiétudes sur l’état des bâtiments. Ce mouvement intervient alors que les conditions d’enseignement nourrissent une mobilisation lycéenne nationale et replacent la question des inégalités scolaires au centre du débat public.

Il ne s’agit pas d’un basculement général et soudain de tous les élèves vers le privé. La part totale de l’enseignement privé sous contrat évolue lentement depuis plusieurs années. Le changement le plus net concerne plutôt la composition sociale de ses effectifs : les familles les plus favorisées y occupent une place croissante, alors que les élèves modestes y sont proportionnellement moins nombreux.

9,8 % des heures non assurées dans le public

La Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation nationale a établi qu’au cours de l’année scolaire 2024-2025, 9,8 % des heures prévues n’avaient pas été assurées dans les établissements publics du second degré. Dans le détail, 7,5 % des heures ont été perdues en raison du non-remplacement d’enseignants absents et 2,3 % à cause de fermetures totales d’établissements.

Cette moyenne nationale masque des situations très différentes. Les 10 % d’établissements les plus touchés ont perdu plus de 15 % de leur temps d’enseignement, contre moins de 5 % pour les 10 % les moins affectés. Les collèges relevant de l’éducation prioritaire enregistrent davantage d’heures perdues, même si le ministère observe peu d’écart global selon l’origine sociale des élèves accueillis.

Une mixité sociale en recul dans le privé sous contrat

La Cour des comptes avait déjà documenté la transformation sociale de l’enseignement privé sous contrat dans un rapport publié en 2023. En 2021, ce secteur scolarisait environ 2,06 millions d’élèves, soit près de 17 % des effectifs scolaires. Cette proportion avait peu progressé depuis 2011, mais la répartition des élèves selon leur milieu social avait fortement changé.

Les enfants issus de familles « très favorisées » représentaient 40,2 % des effectifs du privé sous contrat en 2021, contre 26,4 % en 2000. En ajoutant les catégories favorisées, leur part atteignait 55,4 %, contre 32,3 % dans l’enseignement public. À l’inverse, 11,8 % des élèves du privé sous contrat étaient boursiers, contre 29,1 % dans le public.

Ces chiffres sont antérieurs à la rentrée 2026 et doivent être lus comme une tendance structurelle, pas comme une mesure instantanée de la situation actuelle. L’enquête de Reuters publiée ce vendredi apporte des témoignages récents et des exemples locaux, mais elle ne permet pas à elle seule de quantifier l’ampleur nationale des départs intervenus cette année.

Un secteur privé largement financé par l’État

La plupart des établissements privés français fonctionnent sous contrat avec l’État. Les enseignants sont rémunérés sur fonds publics et doivent respecter les programmes nationaux. Les familles acquittent généralement des frais destinés aux dépenses non pédagogiques, dont le montant varie fortement selon l’établissement et le territoire.

Ce modèle maintient des tarifs souvent plus accessibles que ceux des écoles privées entièrement indépendantes, mais il soulève une question centrale : comment garantir une utilisation équitable de l’argent public lorsque la composition sociale du secteur sous contrat s’éloigne de celle du public ? La Cour des comptes a demandé un pilotage plus exigeant, notamment sur la mixité et le contrôle de l’emploi des financements publics.

Pourquoi certaines familles font ce choix

Les motivations rapportées sont multiples : continuité des cours, stabilité des équipes, climat scolaire, réputation ou possibilité d’éviter l’établissement correspondant à la carte scolaire. Reuters cite notamment le cas de Nantes, où la part des élèves scolarisés dans le privé est particulièrement élevée et où certains parents disent accepter une dépense mensuelle importante pour bénéficier d’une organisation jugée plus prévisible.

Cette préférence ne signifie pas que tous les établissements privés offrent de meilleurs résultats ni que toutes les écoles publiques rencontrent les mêmes difficultés. Les performances dépendent aussi du profil social des élèves, des moyens locaux, du recrutement et de la stabilité des équipes. Comparer les deux secteurs sans tenir compte de ces différences conduirait à des conclusions trompeuses.

Un risque de séparation accrue entre les élèves

Le principal enjeu est celui d’une fragmentation du système scolaire. Si les familles disposant de davantage de ressources économiques ou d’informations quittent plus souvent le public, les écarts peuvent se renforcer entre établissements. Le public accueille déjà une proportion nettement supérieure d’élèves boursiers et défavorisés, tout en assumant les obligations de sectorisation et d’accueil de tous les élèves.

Les manifestations actuelles rendent cette question plus urgente, mais elles ne la résument pas. Le défi est à la fois immédiat — remplacer les enseignants absents, entretenir les bâtiments et stabiliser les équipes — et durable : préserver un brassage social suffisant pour que l’école commune ne se divise pas selon les revenus et les stratégies familiales.

Sources

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